En 2022, les cryptomonnaies entrent en guerre

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Fin mai, le ministère russe des Finances avait fait une annonce admettant que « l’idée d’utiliser les monnaies numériques dans les transactions pour les règlements internationaux [était] activement discutée ». Malgré des débuts incertains, les belligérants ne renoncent pas à leur ambition de se servir de la cryptomonnaie pour renforcer leurs positions. Même si la dévaluation de celle-ci a déjà pénalisé l’Ukraine. Explications.

Le pari russe : cryptomonnaies vs sanctions internationales

Pour punir l’invasion de l’Ukraine, les gouvernement occidentaux ont mis en place de nombreuses sanctions économiques envers la Russie. Les Russes ne peuvent presque plus vendre ou acheter avec des pays occidentaux. Les transactions financières entre les comptes russes et les comptes des pays étrangers sont bloquées. Par ailleupas à être validésrs, les banques russes ne peuvent plus se fournir en liquidités auprès des banques centrales. Elles manquent donc de fonds.

L’économie du pays gelée, Poutine cherche donc des solutions pour contourner les sanctions. L’une d’entre elle est l’autorisation de l’usage des cryptomonnaies pour les transactions internationales.

Les cryptomonnaies sont un type de monnaies numériques qui s’échangent via les réseaux informatiques, et qui sont sécurisés par le système de blockchain. Si Poutine se tourne vers ces cybermonnaies, c’est parce que leurs transactions ne passent pas par les banques centrales. Ces actifs ne sont donc pas concernés par les sanctions européennes.

Autoriser les paiements par cryptomonnaie représente un virage à 180° pour le Kremlin. En effet, la Russie était dans une logique de bannissement de ces actifs. En janvier, la Banque Centrale russe prônait l’interdiction de leur usage et de leur minage, afin de préserver sa souveraineté monétaire et la stabilité financière du pays.

Des réserves importantes en cryptomonnnaies

Mikhail Mishustin, le Premier ministre russe, a fait des déclarations indiquant que la Russie aurait un important réservoir de monnaies numériques. Selon le rapport annuel du gouvernement, c’est plus de 10 000 milliards de roubles, soit 130 milliards de dollars, que les citoyens détiendraient. Cette somme est conséquente, puisqu’elle est très proche des 140 milliards de dollars de la réserve d’or de Russie.

Le pays est par ailleurs un des principaux acteurs du minage des cryptomonnaies. Cette pratique consiste à utiliser des algorithmes pour contribuer à mettre en circulation des monnaies numériques, et elle permet aux mineurs de s’enrichir. Le minage requiert une telle puissance informatique, que des salles entières d’ordinateurs lui sont dédiées. La Russie, avec ses basses températures, qui permettent de refroidir les ordinateurs, et son faible coût en électricité, est donc un acteur de choix.

Toutefois, la croissance des cryptos est bien plus rapide que la réglementation russe, qui peine à réguler leur usage. Plusieurs projets de loi ont vu le jour, mais les structures gouvernementales n’arrivent pas à trouver un accord. De plus, certains grands dirigeants affirment que cet actif ne sera pas d’une grande utilité pour la Russie durant la guerre. La plupart des transferts de bitcoin n’étant, en effet, pas anonymes.

Les cryptomonnaies ne se laissent pas faire !

La tentative de contournement des sanctions n’est pas sans faille. Car l’empire des cryptomonnaies s’en mêle. Ainsi, Binance, la plus importante plateforme d’échange de cryptos, a annoncé fin avril avoir bloqué les comptes de plusieurs Russes influents. C’est le cas notamment des enfants des proches du Kremlin, et de manière générale, de comptes avec plus de 10 000 euros de cryptomonnaies.

L’Ukraine a aussi tenté le coup des cryptomonnaies

La réflexion de la Russie concernant l’autorisation des paiements en cryptos intervient alors même que l’Ukraine a déjà fait les frais de cet actif. En effet, suite à l’invasion russe, le gouvernement ukrainien avait lancé un appel aux dons sous la forme de cryptomonnaie. Ces derniers présentent l’avantage d’arriver très rapidement à destination, puisqu’ils n’ont pas à être validés par le gouvernement.

La solidarité envers l’Ukraine avait permis à « Aid for Ukraine » de collecter l’équivalent de plus de 60 millions de dollars. Pourtant, deux mois plus tard, la dévaluation des cryptomonnaies avait réduit cette cagnotte à 51,5 millions de dollars.

Malgré les pertes encaissées, l’Ukraine n’est pas prête à renoncer aux opportunités qu’offrent ces monnaies numériques et leurs dérivés, comme les NFT. Une grande marque de bière ukrainienne a par exemple l’idée de vendre des tokens non fongibles, et d’utiliser les fonds récoltés pour garantir l’approvisionnement en eau du pays.

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