Renault à la croisée des chemins

Renault vit une des périodes les plus compliquées de sa longue histoire. Mauvaise santé économique, remous du scandale Carlos Ghosn, crise du coronavirus… Comme nombre de ses concurrents, l’entreprise doit maintenant compter sur la clémence des banques et sur un coup de pouce de l’État. Le soutien ne sera pas gratuit. Mais l’action connaît déjà un rebond remarqué.

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Renault, la firme au losange, est dans la tourmente

Le fleuron français en danger

Créé par Louis Renault et ses frères en 1898, Renault est l’un des premiers constructeurs automobiles français. Plus de 120 ans d’histoire, entremêlée à celle de la France. Victorieuse en 1918, collaboratrice en 1940, nationalisée en 1945, à la pointe de la contestation en 1968, l’entreprise a été de tous les combats et de toutes les défaites, dans l’honneur comme dans le déshonneur.

Le fleuron français est aujourd’hui dans la tourmente. Ce n’est d’ailleurs pas seulement Renault mais tout le secteur automobile européen, et même mondial, qui est sévèrement touché par les conséquences de la pandémie de Covid-19. Production à l’arrêt, demande quasi-nulle pour les véhicules neufs, délocalisation en Chine : la Bérézina industrielle et économique aura de lourdes conséquences.

Bien sûr, le constructeur au losange était déjà dans une mauvaise passe. L’affaire Carlos Ghosn, patron charismatique de Renault-Nissan, a laissé des traces. L’action Renault perdait 15% le jour de l’arrestation au Japon de l’ancien PDG en novembre 2018 pour malversations présumées.

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Lors de la présentation annuelle des résultats financiers en février dernier, la situation n’était toujours pas au beau fixe. Le groupe qui table sur 70 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ici 2022 semble loin du compte.

Pour résister à la tempête du coronavirus, les dirigeants de Renault n’ont pas eu d’autre choix que d’appeler le gouvernement français à la rescousse. La semaine s’avère décisive avec la nouvelle feuille de route de l’alliance avec Nissan et l’annonce d’un plan d’économies qui fait déjà des vagues.

Renault joue-t-il sa survie ?

Dans un entretien au Figaro, le ministre des Finances Bruno Le Maire a déclaré que le constructeur avait réclamé un prêt garanti par l’Etat de 5 milliards d’euros mais qu’il n’avait pas été encore avalisé et qu’il y aurait des contreparties.

Puis des informations fuitées par Le Canard enchaîné ont dévoilé que Renault pourrait, dans le cadre d’un vaste plan de restructuration, fermer plusieurs usines, parmi lesquelles celles de Choisy-le-Roi, de Dieppe, de Flins et les fameuses Fonderies de Bretagne de Caudan.

La mobilisation syndicale face à cette éventualité n’a pas traîné.

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Alors que le vent politique semble tourner vers plus de souverainisme économique en réaction à une crise multiple venue de Chine, la majorité et l’opposition paraissent s’accorder sur la préservation des sites en France et l’encouragement autant que possible aux relocalisations.

L’aide de l’État ne se fera d’ailleurs qu’à ce prix. Le gouvernement se veut intransigant sur la question. Pas de fermeture d’usines en France. Ou du moins pas de plan massif qui viendrait donner le mauvais signal sur la politique mise en place par Bercy.

L’heure est à la défense de l’économie française et européenne. Bruno Lemaire ménage donc la chèvre et le chou. “Nous serons attentifs à chaque emploi, mais nous voulons laisser la possibilité à Renault d’adapter son outil de production”, a-t-il déclaré sur BFM TV lundi 25 mai, où il a rappelé que le plan de soutien de l’industrie automobile était conditionné à des engagements de production en France de la part des constructeurs automobiles français.

Quoi qu’il en soit, l’annonce officielle mardi du président Macron concernant le plan de relance du secteur automobile de 8 milliards d’euros a fait son effet sur les marchés. L’action de Renault grimpait de presque 16% à mi-journée.

Le monde d’après

Renault et les autres constructeurs devront s’adapter à ce monde d’après qui commence à se dessiner. Les politiques commencent à voir ce que le peuple avait pressenti. Une trop grande dépendance aux autres, notamment à la Chine. Il s’agit donc de retrouver une indépendance industrielle.

Et cela passe par un changement de paradigme. Celui du vieux monde pousserait Renault à aller vers un plan de fermeture d’usines, voire de délocalisation, pour alléger les coûts. Le gouvernement attend l’inverse et conditionne son plan de soutien de 8 milliards d’euros à une politique de relocalisation mais aussi au développement d’une industrie de l’automobile électrique européenne.

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La transition écologique doit accompagner la relance économique. Ainsi l’État français entend aussi bien stimuler l’achat d’automobiles, notamment électriques et hybrides, via des bonus « verts » et des primes à la conversion, mais aussi soutenir les entreprises en finançant cette transformation.

La pierre angulaire du projet est la mise en place d’une sorte d’”Airbus” de la voiture électrique. Une alliance européenne de construction de batteries électriques, aux allures franco-françaises pour l’instant, à laquelle se sont joint contre mauvaise fortune bon cœur les groupes Total, PSA et désormais Renault.

Le prix à payer pour la survie. Le gouvernement a prévenu : son soutien n’est pas gratuit. Qu’importe. L’histoire de Renault continue, toujours au diapason de celle du pays.