Quand les traders inspirent le cinéma

La banque est souvent décrite comme un secteur conformiste, loin de la créativité et du glamour… Mais les nombreux scandales financiers ont montré que le milieu de la finance n’est pas aussi lisse qu’il n’y paraît, intéressant de plus en plus le cinéma. Voici un aperçu des films les plus réussis de ces dix dernières années restituant l’envers du monde des traders.

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Leonardo DiCaprio dans le rôle du trader choc dans le film de Scorsese Le Loup de Wall Street

La crise des subprimes vue par Olivier Stone

Dans son film Wall Street: l’argent ne dort jamais, le réalisateur américain raconte la crise des subprimes et la frénésie de Wall Street à travers le regard d’un homme d’affaires véreux, interprété par Michael Douglas et son gendre, Shia LeBoeuf, apprenti trader.

Suite du premier film qu’il avait réalisé en 1987, le film a été présenté à Cannes et a reçu une ovation de la critique pour avoir critiqué les abus du système, mais aussi les addictions liées au trading.

Par exemple, on comprend dès les premières scènes que le personnage incarné par Michael Douglas sort de huit ans de prison pour délit d’initié et de nombreuses fraudes, et qu’il essaye, tant bien que mal, de se reconvertir dans le show-business.

Mais ces démons le rattrapent… Shia LaBeouf, son gendre, le rencontre pour qu’il reprenne contact avec sa fille, mais, sous l’emprise de Douglas, commence lui aussi à détourner des fonds. Un engrenage subtil, où l’on voit en fond la pression sociale et les cadences infernales.

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Par ailleurs, la réussite du film s’explique par le travail de documentation et de recherche de l’équipe du film. Oliver Stone a notamment engagé Allan Loeb, un scénariste et trader agréé, lors de la réécriture du film en octobre 2008 au moment de la crise.

Scorsese immortalise la figure du trader

Trois ans plus tard sort le film Le Loup de Wall Street. Réalisé par Martin Scorsese avec Leonardo DiCaprio dans le rôle-titre, le film retrace l’ascension et la décadence d’un magnat de Wall Street des années 1980 qui trouvera sa rédemption en passant un accord avec le FBI.

En quelques mois, le film devient le plus gros succès commercial de Martin Scorsese et se trouve sans doute à l’orgine de bien des vocations de traders ! Le film retrace la vie de Jordan Belfort, un ex-trader new-yorkais, qui obtient sa licence le 19 octobre 1987, le jour d’un krach boursier que les médias appellent Lundi Noir.

Alors qu’il monte une entreprise de courtage à Long Island, Jordan Belfort commet un délit de diffusion de nouvelle – “Pump and Dump” en anglais. Quelques années plus tard, il cache de l’argent sur un compte en Suisse et manipule des millions de dollars. Repéré par le FBI et mis sur écoute, il décide de coopérer pour réduire sa peine et passe 22 mois en prison.

Le “vrai” Jordan Belfort a un parcours assez similaire au personnage incarné par DiCaprio, puisqu’une fois sorti de prison, le trader repenti a dénoncé la corruption à Wall Street.

Et si Belfort a manipulé des millions de dollars, un Français, lui, en a détourné 30 milliards…

En France, le syndrome “Jérôme Kerviel”

Le film L’outsider de Christophe Barratier raconte une histoire qui a défrayé la chronique, celle de Jérôme Kerviel, ancien trader de la Société Générale, qui a fait perdre à la banque près de 5 milliards d’euros en misant des sommes astronomiques.

A seulement 31 ans, ce Breton d’origine, trader à la Société Générale dans le quartier d’affaires de la Défense, grimpe les échelons. Jeune et doué, il devient chargé de l’arbitrage sur des contrats à terme sur des indices boursiers en quelques semaines.

Mais son succès prend un tournant malencontreux quand son supérieur, Fabien Keller – joué avec brio par François Xavier Demaison, lui-même ancien trader -, devient abusif.

Poussé par son manager à gagner toujours plus, Kerviel, incarné par Arthur Dupont à l’écran, commence à développer une addiction aux chiffres.

Tant et si bien que le 25 janvier 2008, la Société Générale annonce que le trader, accro au gain, a perdu 5 milliards d’euros, soit presque 2 fois des fonds propres de la banque.

Jugé responsable pour la perte de 4,8 milliards, le vrai Jérôme Kerviel, lui, a été condamné par la cour de Paris pour “abus de confiance”, “introduction frauduleuse de données dans un système informatique” et a passé cinq mois en prison à Paris.