Marc Touati se confie sur le “coronakrach”

Que penser de la reprise des marchés ? Comment protéger son épargne par temps de crise ? Comment se protéger contre une faillite bancaire ? Économiste et chroniqueur de renom, président du cabinet de conseil ACDEFI, Marc Touati décrypte la situation économique à l’occasion de la sortie de son nouveau livre : « RESET – Quel nouveau monde pour demain ? », prévue le 2 septembre 2020.

1834
Marc Touati s'exprime sur les les effets dévastateurs du

Tradesources : « Après la pandémie… Rien ne sera plus jamais comme avant », écrivez-vous dans “Reset – Quel nouveau monde pour demain ?”. Les États ont affronté une situation inédite. Comment analysez-vous le choc du coronavirus, sur les plans économique et financier notamment ?

Marc Touati : Je ne passerai pas par quatre chemins : la pandémie de coronavirus constitue certainement un choc équivalent à celui du krach de 1929 qui entraîna la « Grande dépression » des années 1930. Ce drame est donc encore plus puissant que ceux qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001 et la faillite de Lehman Brothers. En fait, pourtant de nature très différente, ces chocs ont un point commun : ils font tomber la planète dans l’inconnu, imposant à cette dernière de changer de paradigme économique et sociétal.

Bien entendu et soyons-en convaincus : nous allons forcément sortir de cette crise. Et le plus tôt sera bien sûr le mieux. Une question demeure néanmoins sans réponse : dans quel état ? Lors d’un tsunami, c’est effectivement lorsque l’eau se retire que l’on peut mesurer l’ampleur des dégâts.

Et, dans le cas présent, ces derniers seront forcément énormes : dépression économique, faillite d’entreprises, krachs boursiers à répétition, crise bancaire, flambée du chômage, augmentation de la pauvreté et des tensions sociales…

La France, la zone euro, les États-Unis et le monde dans son ensemble vont connaître leur plus grave récession depuis la Seconde Guerre mondiale, avec des baisses annuelles du PIB de respectivement 10 %, 9 %, 6 % et 4,5 % sur l’ensemble de l’année 2020.

Tradesources : On assiste à une reprise des marchés. Remontada pour les indices et les actions. La chute de la Bourse, caractéristique au début de la crise sanitaire, n’a pas duré. Est-ce à dire que les dégâts ont été limités ? Êtes-vous de ceux qui croient à une reprise possible en V ? Est-ce trop beau pour durer ?

Marc Touati : Cette remontada s’explique à la fois par un effet de correction de la chute passée et surtout par la « morphine » distribuée à profusion par les banques centrales de la planète au travers d’une « planche à billets » de plus en plus démentielle.

En fait, cette reprise spectaculaire des marchés boursiers signifie que ces derniers ont tout simplement effacé la récession économique passée et à venir.

Seulement voilà, la sanction des chiffres est imparable : le PIB a et va encore chuter fortement et partout en 2020. Et même si un rebond technique est très probable, cela n’empêchera pas la récession de s’installer sur l’ensemble de cette année.

Et avec elle, ses inévitables corollaires – en l’occurrence une forte baisse des profits – qui deviendront d’ailleurs souvent des pertes, mais aussi des faillites d’entreprises, du chômage et des tensions sociales et sociétales de plus en plus vives.

Annoncer cela n’est pas du pessimisme mais simplement du bon sens doublé de réalisme.

A lire sur tradesources : “Le point sur les marchés avec Stéphane Ceaux-Dutheil”

Autrement dit, il faut arrêter de se bercer d’illusions : si déjà lorsque la croissance mondiale résiste, les krachs boursiers sont massifs (par exemple en 2008-2009, malgré une baisse du PIB mondiale de seulement 0,1 % en 2009), il est clair que lorsque le PIB planétaire recule fortement, les chutes de cours ne peuvent être que plus fortes.

De plus, ne soyons pas dupes : les krachs boursiers ne sont jamais linéaires et durent généralement plusieurs années. Et ce a fortiori, si l’économie mondiale tombe dans une récession dramatique.

Tradesources : Vous êtes connu pour ne pas pratiquer la langue de bois. Pensez-vous que les investisseurs ont raison d’agir en confiance comme si la crise n’a pas lieu ? 

Marc Touati : N’oublions jamais que la bourse doit refléter une réalité économique. Dans ce cadre, les niveaux actuels des grands indices boursiers sont trop élevés par rapport à la gravité de la récession qui s’est installée.

Dès lors, le « coronakrach » risque malheureusement d’être le plus dévastateur depuis celui de 1929, notamment parce que la récession qui se dessine sera la plus grave depuis cette triste époque.

En fait, il pourrait se situer entre celui de 1929 et celui de 2009 : grave comme en 1929 par son ampleur économique, mais finalement maîtrisé comme celui de 2009. Ce qui signifie tout de même qu’il faudra au moins 5 ans avant de retrouver les niveaux d’avant-krach. Autrement dit : pas d’emballement, il est encore trop tôt pour se ruer sur les marchés boursiers internationaux.

Tradesources : La dette mondiale est historique. Le recul du PIB pour le monde atteindrait 4.9% en 2020 d’après les prévisions du FMI. La France serait l’un des pays les plus touchés. Quelles sont les pistes pour relancer l’économie et éviter les faillites de nombreuses entreprises ? Baisses d’impôt ? Augmentation du temps de travail ? Relocalisation de l’activité déportée en Chine ?

Marc Touati : Malheureusement, comme cela s’observe depuis des décennies dans notre beau pays, les mesures et la valse des milliards annoncées par les pouvoirs publics risquent surtout de servir à colmater les brèches. Bien sûr, compte tenu de l’ampleur des dégâts économiques et sociaux, il est indispensable d’éteindre l’incendie, notamment en limitant l’augmentation massive du chômage, qui a d’ailleurs déjà commencé.

Néanmoins, le « bon plan » de relance ne doit pas se contenter de distribuer des aides en espérant que le pire sera évité. Non, un plan de relance efficace est celui qui inscrit la France dans une dynamique d’investissement et d’innovation sur le long terme.

Pour ce faire, il faut moderniser notre économie au travers d’une « thérapie de choc bienveillante » autour de ces cinq piliers :

  1. Baisser massivement la pression fiscale pour tous, les entreprises et les ménages.
  2. Optimiser la dépense publique, en réduisant les dépenses de fonctionnement qui ont augmenté de 120 milliards d’euros au cours des douze dernières années. En revanche, il ne faut surtout pas baisser les dépenses d’investissement et/ou de santé.
  3. Il sera également indispensable de réduire le coût du travail, non pas évidemment en abaissant les salaires, mais en réduisant d’au moins 15 % les charges qui pèsent sur ces derniers.
  4. La France devra également moderniser son marché du travail en simplifiant drastiquement le code du travail.
  5. Enfin, dans cette France modernisée, il faudra également favoriser le financement des entreprises et de l’innovation, notamment en assouplissant les règles prudentielles qui pèsent sur les banques et en facilitant la création de fonds d’investissement.

“il ne faut pas oublier que les crises sont aussi des phases d’opportunités”

Tradesources : Comment mettre son épargne à l’abri par temps de crise et continuer d’entrevoir le retour sur investissement ? Quelles stratégies, quels actifs recommandez-vous ? Quelles opportunités voyez-vous malgré les nuages qui s’accumulent ?

Marc Touati : Compte tenu de la tempête et des incertitudes environnantes, le plus sûr est évidemment de ne rien faire et de rester liquides. De même, il serait dangereux de rester trop exposé aux obligations d’État. Dans la mesure où les taux longs vont augmenter, même modérément, des moins-values notables devraient être enregistrées. Il faut donc s’alléger en la matière. Pour autant, il ne faut pas oublier que les crises sont aussi des phases d’opportunités. En d’autres termes, compte tenu de la dégringolade boursière massive, de nombreuses actions sont devenues particulièrement peu onéreuses. Ceux qui aiment les montagnes russes pourront donc faire des allers-retours réguliers. Pour les autres, attendons d’y voir un peu plus clair pour revenir massivement sur les actions. Quant à l’or et aux métaux précieux, leurs cours ont déjà bien augmenté. Il faut donc en conserver, mais pas trop.

Tradesources : Comment se protéger contre une faillite bancaire et a fortiori d’un État ?

Marc Touati : Une fois encore, il faut rappeler des règles de bon sens. Tout d’abord, faites très attention aux arnaques ! Malheureusement, de plus en plus de soi-disant conseillers mais aussi de sites internet « spécialisés » utilisent la « peur de la crise » pour vendre des produits d’épargne fallacieux ou tout simplement pour voler l’argent des épargnants. Donc, tout ce qui est cryptomonnaies, notamment bitcoin, mais aussi courtiers en ligne non-homologués par l’Autorité des Marchés financiers ou encore produits complexes, abstenez-vous !

Autre point déterminant, en cas d’enlisement de la crise, certaines petites banques pourraient faire faillite. Et là, attention : rappelons qu’en France et en Europe, les dépôts bancaires ne sont garantis qu’à hauteur de 100 000 euros par personne et par banque. Cela signifie que si vous avez plus de 100 000 euros sur un compte à vue, vous perdrez tout ce qui est au-dessus en cas de faillite de cette dernière.

Vous avez donc intérêt à choisir une bonne banque et à ouvrir plusieurs comptes dans différentes banques. Comme le dit la sagesse populaire : il ne faut pas mettre ses œufs dans le même panier.

En conclusion : ne soyez pas catastrophistes, ne paniquez pas ! Si vous faites preuve de bon sens et de prudence, vous pouvez vous protéger facilement contre la prochaine et inévitable crise financière.

Retrouvez toutes les chroniques de Marc Touati sur sa chaîne YouTube. Son dernier livre “Un monde de bulles” est toujours en tête des ventes de sa catégorie sur Amazon.fr.