Libra: la France réticente à la crypto de Facebook

Et si des millions de Français abandonnaient l’euro pour tout payer en Libra ? La nouvelle crypto-monnaie de Facebook n’a pas encore été lancée mais fait déjà débat. La France ne cache pas sa réserve et dénonce les risques qu’elle ferait encourir à la souveraineté monétaire des Etats.

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La France, sous la houlette de son ministre des Finances Bruno Le Maire, dit non à Libra

Bruno Le Maire au créneau contre Libra

Alors que les pro-cryptos se félicitent du lancement de Libra, la crypto-monnaie de Facebook, prévu en 2020, de nombreux économistes et activistes s’inquiètent. Certains craignent même une atteinte à la liberté individuelle. La France semble même ne pas vouloir du projet Libra.

Ainsi, pour le ministre français des Finances Bruno le Maire, la création d’une monnaie privée porterait atteinte à la souveraineté monétaire des pays de l’Union européenne et pourrait déboucher sur une crise bancaire sans précédent. D’après lui, c’est même tout l’équilibre financier mondial qui serait mis en danger par la crypto de Mark Zuckerberg.

Après une victoire à Bruxelles concernant la taxation des GAFAM sur le sol français, Bruno le Maire compte bien porter un nouveau coup aux géants de la Silicon Valley en partant en guerre contre la Libra.

La semaine dernière, il exprimait ses craintes lors d’un discours à l’OCDE sur la « privatisation éventuelle d’une monnaie détenue par un seul acteur qui a plus de 2 milliards d’utilisateurs sur la planète. Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves pourrait créer des désordres financiers considérables ».

Facebook garantit un encadrement strict

Côté Facebook, on se défend d’un projet particulièrement encadré et transparent et demande a été posée au Régulateur financier suisse d’autoriser officiellement l’émission du système de paiement. Plus les critiques pleuvent des banquiers centraux, des politiques et plus le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, promet une Libra « sûre, stable et bien régulée ».

Bruno le Maire, qui a exprimé les risques que la monnaie dématérialisée favorise le blanchiment d’argent, avait alerté les pays du G7 Finances de Gentilly en juillet qu’aucune monnaie ne devrait être “mise en place alors qu’(elle) ne respecte aucune des règles prudentielles que nous imposons à toutes les monnaies souveraines”.

 Quant à la Commission européenne, elle a annoncé vouloir se pencher sur les risques d’atteinte à la concurrence.

La Libra ouvrira-t-elle une nouvelle ère pour les cryptos ?

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Le lancement de Libra soulève en effet une nouvelle question pour l’industrie des crypto-monnaies. Alors que celle-ci est restée très secrète jusque-là, le lancement à l’international d’une monnaie digitale pour les particuliers est susceptible de révolutionner le secteur et dévaluer certaines monnaies.

À noter : Libra, inspirée des crypto-actifs comme le Bitcoin, ne sera pas une monnaie en soi, puisqu’il faudra connecter son compte à l’un des 27 partenaires de Facebook pour l’utiliser : de Visa-Mastercard à Paypal, en passant par Uber ou encore Spotify.

Comme le souligne un article publié dans Le Monde, Facebook compte surtout viser les pays francophones où les monnaies sont instables – notamment en Afrique – et où les habitants ont recours fréquemment aux transferts d’argent vers l’étranger.