L’huile de palme en chute libre ?

Elle a longtemps eu la cote, aussi bien du côté des investisseurs que des industriels de l’agroalimentaire. L’huile de palme, dénoncée par les environnementalistes depuis plusieurs années, fait les frais du coronavirus et des restrictions indiennes. Elle enregistre sa baisse la plus importante depuis 12 ans.

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L'huile de palme, cotée à Kuala Lumpur en Malaisie, connaît un déclin

Coronavirus, boycott indien : l’huile de palme sous pression

Le  coronavirus est à l’origine du recul sur le marché de nombreuses matières premières, notamment les huiles. Mais au-delà du réflexe de panique, on constate de sérieuses tensions concernant la production de l’huile de palme et l’huile de Colza.

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L’Inde, plus grande consommatrice mondiale d’huile de palme, a décidé d’en boycotter l’importation en provenance de Malaisie en janvier dernier.

Une mesure liée à une situation politique complexe. Les autorités de New-Delhi n’ont pas apprécié les critiques du Premier ministre malaisien sur sa politique au Cachemire et sur une nouvelle loi portant sur la citoyenneté.

Résultat de ces frictions diplomatiques : le cours de l’huile de palme, à Kuala Lumpur, a plongé mardi 28 janvier de 10% à 2,575 ringgits la tonne, soit environ 570 euros. Il s’agit de la baisse la plus importante survenue depuis la crise de 2008.

Jusque-là, l’huile de palme représentait près de 40% des échanges mondiaux d’huiles échangées dans le monde.

Le déclin d’une star de l’agroalimentaire

Retour dans les années 80. L’huile de palme inonde le marché en raison de coûts de production faibles et d’un goût recherché. Elle devient le produit phare de l’agroalimentaire (pâtes à tartiner, biscuits, pain de mie etc.) et d’autres secteurs tels que les cosmétiques ou les biocarburants.

Les principaux pays acheteurs sont, d’abord l’Inde, puis la Chine. Rien d’étonnant à cela puisqu’ils comptent parmi les pays les plus peuplés de la planète.

Mais la denrée miracle s’avère aussi être la plus controversée des matières premières, en raison des dégâts environnementaux que sa culture intensive provoque.

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Pour la cultiver, plus de 25% des forêts tropicales indonésiennes ont, par exemple, été déboisées avec un impact terrible sur la faune locale, notamment les orangs-outans, premières victimes de la déforestation. Mais ce sont plus de 193 espèces animales qui sont en réalité menacées.

Après des années de consommation frénétique, les questions éthiques surgissent. Les militants anti-huile de palme font entendre leur voix, Greenpeace réalise quelques actions spectaculaires comme l’occupation d’une raffinerie en Indonésie.

Si l’oléagineux n’a jamais fait l’objet de réglementation, les parlementaires européens semblent décidés à se saisir du dossier. Sur les rayons des supermarchés européens, de plus en plus de produits portant la mention « sans huile de palme » apparaissent, signe que les mentalités changent.

La production est-elle réellement menacée ?

Elle reste toujours la moins onéreuse du marché des huiles et la plus consommée, notamment dans les pays en voie de développement, loin devant l’huile de soja, colza etc. Selon RFI, « les spécialistes jugent qu’en 2020 le prix des oléagineux continuera de grimper ».

Le coronavirus changera-t-il la donne ? L’épidémie pèse sur les marchés agricoles avec des rendements pour les plantations à la baisse. L’huile de palme pourrait-elle se faire de plus en plus rare ?

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Les investisseurs ont toujours manifesté un réel intérêt pour cette matière première mais font pression désormais sur le secteur pour qu’il s’engage sur la voie d’une production durable et repense son business model.

Si elle se raréfiait, les industriels devraient opter pour des huiles plus chères et plus respectueuses de l’environnement.

En attendant, elle semble avoir stoppé sa chute et des rumeurs de marché rapportent un allègement du boycott indien…