L’envolée des licornes made in France

Elles s’appellent Blablacar, Doctolib ou encore OVH et pèsent déjà plus d’un milliard chacune. Découvrez le cercle fermé des licornes françaises, ces jeunes pousses de la French Tech non cotées en Bourse, à la croissance ultra-rapide.

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Les licornes tricolores fierté de la tech française

Un petit « cheptel » de licornes mais qui décolle

Terme inventé dans la Silicon Valley, la « licorne » désigne une start-up dont la valorisation est supérieure à un milliard de dollars.

En France, le nombre de ces jeunes entreprises oscille autour de la petite dizaine. Le statut de certaines fait débat et des cabinets d’études s’accordent à dire qu’il n’y aurait en fait à l’heure actuelle que quatre sociétés pouvant se targuer d’appartenir au club des start-ups à corne. Toutes ne parviennent pas à franchir le cap financier du milliard de dollars, certaines y parviennent en quelques années, d’autres prendront plus de temps.

Toujours est-il que 2019 s’annonce comme un bon cru pour les licornes françaises et l’univers des start-ups hexagonal avec quelques mega-levées de fond.

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Emmanuel Macron rêve de faire de la France un leader de la Tech en Europe

Depuis le lancement en 2014 de l’initiative “French Tech” par Emmanuel Macron, alors patron de Bercy, l’écosystème des start-ups made in France se développe partout dans le monde. Ce label est censé donner une visibilité à l’international aux nouvelles entreprises françaises à succès du numérique,

Le soutien du gouvernement français a pour objectif avéré de dénicher les prochaines licornes tricolores pour faire face à la compétition mondiale en matière d’innovation. L’Elysée n’a jamais caché son rêve de faire de la France un modèle européen en matière de jeunes pousses innovantes.

Or l’Hexagone ne se positionne qu’à la 11e place du classement mondial avec des licornes valorisées à 4,37 milliards de dollars au total. Pour exemple, les Etats-Unis sont à la première place avec une valorisation totale de 500 milliards de dollars.

BlablaCar, la première des licornes

Profitant de la hausse de l’essence et du projet de privatisation de la SNCF, Blablacar a démocratisé le covoiturage en France.

Blablacar, la start-up leader du covoiturageFondé en 2004 à la même époque que Couchsurfing, Blablacar a surfé sur la vague de l’économie partagée : pour quelques dizaines d’euros, le site permet de trouver un covoiturage sur des distances d’en moyenne 300 kilomètres.

Avec l’apparition des smartphones en 2006, Blablacar devient vite une application. Avec un succès fulgurant, les fondateurs – Frédéric Mazzella, Francis Nappez et Nicolas Brusson – s’étendent vite à l’international. Aujourd’hui, la plateforme compte une communauté de plus de 70 millions d’utilisateurs dans 22 pays.

L’atout de Blablacar tient au fait qu’il a encore à ce jour très peu de concurrents.

En effet, la plateforme a près de 90% du monopole du marché grâce à une stratégie marketing réussie. Par exemple, lors des grandes grèves qui ont affecté la SNCF avec le mouvement des Gilets jaunes, Blablacar a proposé des prix défiants toute concurrence.

En novembre 2018, le géant du covoiturage a d’ailleurs racheté la filiale de la SNCF Ouibus, qui lui a permis une levée de fonds de près de 100 000 euros. Blablacar est actuellement valorisé à près d’1,2 milliard d’euros, ce qui en fait la start-up la plus rentable de France.

Doctolib ou l’uberisation des médecins

Alors que la médecine en France a longtemps échappé à la digitalisation, Doctolib a révolutionné le corps médical.

Doctolib, la plateforme de rendez-vous médicaux, a rejoint le club des licornes en mars 2019.Fondé en 2013, le site permet à n’importe quel utilisateur de réserver un rendez-vous médical en ligne – idéal lorsqu’on a besoin d’un nouveau spécialiste ou lorsque l’on est en déplacement dans une ville peu familière.

Valorisée à plus d’un milliard d’euros grâce à une levée de fonds de 150 millions d’euros, Doctolib a rejoint le club select des licornes en mars dernier. Mais le succès de la start-up n’a pas été immédiat.

Ses fondateurs – Stanislas Niox-Chateu, Jessy Bernal, Ivan Schneider et Steeve Abou-Rjely – se sont heurtés à un système médical réticent à la digitalisation des informations.

Le principe des évaluations des praticiens par les patients sur la plateforme, à la manière d’un chauffeur sur Uber ou d’un restaurant sur Yelp, n’a pas été au goût des médecins français. De plus, les données des patients, qui sont soumis au secret médical en France, sont conservées par la plateforme, soulevant un sérieux problème de confidentialité.

De nombreux médecins reconnus ont exprimé publiquement leurs réticences, tels Jérôme Marty et Bertrand Legrand qui ont fait paraître une tribune dans le Journal du Dimanche en octobre 2018 alimentant la controverse. Pour eux, “Doctolib fait de la “vente forcée”, viole le règlement général de protection des données (RGPD)”.

Par contre, de leur côté, les patients ont très bien accueilli l’initiative. La prise en charge des rendez-vous étant mise à jour instantanément, Doctolib a su conquérir la France et l’Allemagne. Aujourd’hui, la plateforme embauche 800 salariés à Paris et à Berlin, liste près de 75 000 professionnels de la santé et affirme générer aux environs de 30 millions de visites uniques mensuelles.

OVD, le cloud made in Roubaix

Plus discrète dans les médias, OVD n’en n’est pas moins la pionnière des licornes. Créée en 1999 et soutenue par le magnat Xavier Niel, la start-up fondée par Oles Van Herman, un jeune étudiant à l’ICAM de Lille – qui porte d’ailleurs ses initiales – sera, un temps, renommée “On vous héberge ?”, en référence aux services de stockage de données.

OVH, pionnière des licornes françaises dans le Big DataLeader dans le cloud en France dès le début des années 2000, OVD s’associe alors avec Free, leader de la connexion Internet pour particuliers et professionnels, fondé par Xavier Niel.

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Cinq ans plus tard, OVD est implanté dans 19 pays. En 2017, une levée de fonds de 400 millions d’euros par plusieurs grandes banques – dont la Société Générale – transforme la start-up en licorne, valorisée à près d’1,5 milliards d’euros.

Le groupe héberge actuellement près de 18 millions de sites Internet avec pas moins de 250 000 serveurs. C’est l’un des services de cloud les plus puissants au monde, comptant près de 20 data centres et 190 000 lignes de télécommunications.

En 2018, Michel Paulin est nommé directeur général. L’ancien dirigeant de SFR a dépoussiéré la stratégie marketing du groupe et relancé le “OVH Summit”, une conférence sur le cloud organisée en France par l’entreprise, devenue en deux ans l’un des événements du big data les plus attendus dans le monde.