Le point sur les marchés avec Stéphane Ceaux-Dutheil

Analyste technique pour le courtier Alvexo, consultant pour la chaîne BFM Business, Stéphane Ceaux-Dutheil nous explique les erreurs à ne pas faire avec la reprise des marchés dans le contexte de l’amélioration de la crise sanitaire. Une interview exclusive.

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Stéphane Ceaux-Dutheil, expert des marchés financiers

Tradesources : Avec la reprise progressive des marchés, comment réagissent les investisseurs ? Osent-ils reprendre des risques ? Peut-on parler de « bulle spéculative » ?

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Stéphane Ceaux-Dutheil : Après la forte baisse des marchés financiers liée à la crise sanitaire, beaucoup de personnes qui ne s’intéressaient pas à la Bourse ou qui l’avaient abandonnée se sont dit qu’il valait mieux acheter à 3800 points qu’à 6100 points. C’était clairement une bonne idée, mais il existe toujours de grandes disparités d’évolution selon les secteurs d’activité. De nombreuses valeurs sont encore en baisse de plus de 30% depuis le début de l’année et certaines autres, comme les valeurs de haute technologie américaines, sont en progression de plus de 20%.

Dans un contexte où, visiblement, la reprise économique sera plus lente et plus longue qu’anticipée certains titres du Nasdaq 100 semblent redevenir très chers. Les nouveaux entrants sur le marché sont, par définition, moins expérimentés et ils devront se former pour ne pas être victimes de certains réflexes dangereux bien connus comme : « pas vendu pas perdu » « moyenner à l’achat une valeur qui baisse » « escompter toujours plus »…

Tradesources :  Le déconfinement et l’amélioration de la crise sanitaire en Europe ont eu des effets positifs sur les indices européens.  Que penser de la dynamique haussière du CAC 40 ?

Stéphane Ceaux-Dutheil : L’histoire retiendra de l’impact de cette crise sanitaire sur les marchés financiers la vitesse à laquelle elle a sévi ; une chute de 35 à 40% en un mois reste à ce jour un record. Les plans massifs tant budgétaires que monétaires ont permis une première reprise. Le déconfinement et l’espoir d’un retour rapide au monde d’avant ont, quant à eux, permis une rotation sectorielle qui a poussé les indices un peu trop fort et un peu trop haut.

En moins de 4 mois nous avons vécu ce qui peut prendre plusieurs années dans le cas d’une crise classique. Les marchés sont passés par toutes les phases au cours de cette période : la panique, l’espoir, la confiance, l’optimisme, l’euphorie, l’emballement et la rechute. La zone 5200/5250 points sur le CAC40 ne sera pas facile à déborder sans une meilleure visibilité sur le rétablissement de l’économie européenne voire même mondiale.

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Tradesources : On assiste à une même résurrection aux Etats-Unis avec le Nasdaq qui a passé un cap. Comment expliquez-vous ce record historique ?

Stéphane Ceaux-Dutheil : Les investisseurs ont très vite parié, après les sommes astronomiques placées au chevet des économies, que la reprise prendrait la forme d’un V. Ils ont plébiscité pour jouer cette reprise les valeurs de la haute technologie américaines et surtout les GAFAMI (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft, Intel). Ces valeurs à elles seules représentent 50% de la valorisation du Nasdaq 100. Tout bien considéré, elles symbolisent les valeurs de confinement qui finalement ont très bien résisté, voire tiré leur épingle du jeu face à la mise à l’arrêt de la moitié de la planète pendant presque deux mois. Les conditions monétaires et les rachats d’actions (Buyback) ont aussi contribué à cette reprise. On pourrait voir ces valeurs consolidées plus ou moins latéralement d’ici mi-juillet dans l’attente des résultats des entreprises pour le 2ème trimestre et surtout les perspectives pour le 3ème.

Tradesources : Les marchés actions ont souffert. Mais on constate une phase de résilience pour certains gros groupes français comme LVMH. Quelle est votre analyse ?

Stéphane Ceaux-Dutheil : LVMH a souffert à partir du début de l’année des troubles sociaux à Hong Kong et du confinement en Chine en plein nouvel an chinois. La propagation du virus hors des frontières chinoises a quand même fait plonger le titre de 35% depuis son point haut annuel. La valeur a été l’une des premières à repartir très fortement, soutenue en cela par le discours de Bernard Arnault, son PDG, qui s’est voulu très rassurant sur les perspectives économiques. LVMH dispose d’un « pricing power » important (le luxe n’a pas de prix). Une bonne partie des ventes non effectuées pendant le confinement le seront probablement par la suite. Tout retour entre 320 et 360€ peut être considéré comme une zone d’achat à moyen/long terme.

Tradesources : Fidèle à son statut de « valeur refuge », l’or s’en est bien sorti malgré la débâche des marchés pendant la pandémie. Le rebond est-il parti pour durer ?

Stéphane Ceaux-Dutheil : Pendant la forte baisse des marchés en février/mars, seul le dollar a vraiment servi de valeur refuge. L’or a baissé avec les indices mais s’est très rapidement repris par la suite. C’est une réaction classique, lorsqu’il y a une panique, les investisseurs vendent souvent sans distinction. Mais si la crise économique s’installe alors le métal doré servira de valeur refuge et disposera encore d’un potentiel de hausse que l’on peut raisonnablement estimé à 1800/2000$. Certains analystes, comme chez Bank of America, le voient monter vers 3000$. La politique de taux bas, les achats d’or des banques centrales, l’intérêt récent pour l’or de certains particuliers initiés sont également des facteurs d’appréciation à terme.

Tradesources : Quelles opportunités de trading sont à saisir dans le contexte actuel de reprise ? Quelles seraient les erreurs à ne pas faire ?

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Stéphane Ceaux-Dutheil : Depuis le début de la crise sanitaire l’indicateur de volatilité, le VIX, n’est jamais repassé en dessous de 20. Cela témoigne à ce stade de la nervosité des investisseurs malgré la reprise et cela explique des « marchés kangourous » avec de nombreux bonds dans les deux sens. Cette situation va très certainement se poursuivre en l’absence de visibilité claire sur la reprise économique et sur l’évolution de la crise sanitaire (deuxième vague ou pas ?). Il est tentant d’acheter des valeurs qui reviendraient à proximité de leur point bas comme Safran, Total, LVMH, Essilor, Peugeot, et de faire attention à la Tech américaine dont les valorisations ressemblent à celles du monde d’avant.

L’erreur majeure à ne pas commettre est de penser que le pire est derrière nous. Est-il concevable d’avoir l’une des plus graves crises économiques de l’histoire avec des marchés sur des sommets historiques ? Il est indispensable de fixer des niveaux de sécurisation de gains pour les personnes ayant des plus-values importantes depuis avril dernier.

Retrouvez Stéphane Ceaux-Dutheil le mercredi à 15h05 et 17H30, le jeudi à 8h30 et le vendredi à 11h30 sur BFM Business. Vous pouvez consulter ses analyses sur la chaîne YouTube d’Alvexo et le suivre également sur Twitter : @technibourse