Élection et bourse : analyse des présidentielles 2022

Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? La prévision boursière en contexte électoral, ce n’est pas une, ce ne sont pas deux, ce sont en fait trois probabilités que les marchés s’amusent à croiser, et à anticiper. Les voici :

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analyse des présidentielles 2022
  1. Quelle est la probabilité pour un candidat de se hisser au second tour ?
  2. Quelle est la probabilité de victoire, pour ce même candidat ?
  3. Puis, en cas de victoire, quelle est la probabilité que le candidat élu puisse véritablement mettre son programme à exécution, notamment face aux risques de troubles sociaux ?

Ces distinctions pourraient paraître futiles. Mais pas pour la Bourse. Chacune de ces trois questions amène des positionnements différents sur les marchés, lorsqu’ils anticipent les conséquences d’une élection.

Cela tient au fonctionnement très particulier du scrutin présidentiel à deux tours, avec ses plafonds de verre aussi robustes que l’acier. Un candidat peut créer la surprise et accéder au second tour, mais il est souvent bloqué au second, une donnée que les investisseurs connaissent très bien. Avant de plonger dans le présent, tour d’horizon de quelques élections passées.

 

Et avant, c’était comment ?

 

Avant le premier tour de 2017, les marchés n’étaient pas restés insensibles à l’hypothèse d’une percée FN au second tour. Le marché obligataire – lié à la dette des Etats, France comprise – est celui qui avait réagi le plus. En cause : la proposition lepéniste de sortir de l’euro mais aussi la perspective d’un Frexit. Un stratégiste chez Allianz GI confiait que, face au « risque » de revenir au franc ou au deutsche mark, ses clients préféraient « attendre avant de réinvestir en Europe ».

D’autres électeurs se souviennent aussi de l’élection de 1981. Durant la campagne, les milieux boursiers tablent alors sur une victoire de Valéry Giscard d’Estaing. Raté. François Mitterrand emporte la mise et, piqués au vif, les marchés s’affolent : « La Bourse de Paris a réagi au résultat de l’élection présidentielle par une des baisses les plus violentes qu’elle ait jamais enregistrées ».

Passons à 2022…

Mélenchon : Paye ta taxe

Mélenchon illustre à merveille notre théorème des trois probabilités. Il est le candidat qui inquiète le plus la bourse…et pourtant, même s’il accédait au second tour, les marchés ne s’affoleraient pas dans la mesure où ils parient sur un maintien du plafond de verre à son détriment. Les marchés estiment que Mélenchon, dans le contexte sondagier actuel, ne franchira pas la barre des 50% au second tour.

Si la Bourse ne se montre aucun signe d’inquiétude pour un second tour mélanchonien, en revanche, ils estiment que son accession au pouvoir signerait le scénario le plus défavorable pour les cours. Les secteurs qui souffriraient le plus seraient tous ceux qui étaient dans le collimateur des gilets jaunes. L’augmentation promise des taxes frapperait de grands groupes comme les pétroliers – ceux-ci étant victimes, tout autant qu’acteurs, des perturbations énergétiques liées à la guerre. De nombreux analystes estiment aussi qu’il prépare une chasse aux grandes fortunes, avec un impact sans précédent sur les successions. Imaginez par exemple Bernard Arnaud et son groupe. Vous auriez un empire menacé de disparaître, tout simplement.

Les experts boursiers anticipent donc une situation compliquée avec une fuite de capitaux à l’étranger, mais aussi en raison de l’intention d’aller chercher un par un l’ensemble des français dans le monde, pour les soumettre à un impôt dit universel : « Si je suis élu, affirmait le candidat en meeting, l’impôt sera perçu sur la base de la nationalité du cotisant quand il n’est plus en France (…). Le fisc regardera si, après avoir payé cette somme, en France, ils ne devraient pas encore d’argent ».

C’est donc une mesure qui va bien au-delà de la question de la fraude fiscale, avec de possibles réactions en chaîne : des acteurs institutionnels vendraient soudainement certains de leurs actifs, soufflant un vent de panique qui se propagerait, dans le cadre d’un scénario boursier similaire au Covid. De nombreux investissements étrangers seraient au mieux, moins fructueux, au pire, gelés. Les marchés s’inquiètent aussi pour le long terme, en raison de la lutte contre les activités de trading : un Mélenchon président pourrait instaurer une seule cotation par jour des valeurs, pour tuer la spéculation. Cela signifie qu’il n’y aurait plus de possibilité de faire du trading. La France prendrait le risque de s’isoler du reste du monde. Dangereux pour l’économie et la bourse.

Le Pen : Exit le Frexit

Les marchés financiers se sont jusqu’ici alignés avec le sentiment général que Marine Le Pen ne sera pas présidente. Mais l’anticipation des cours a déjà les yeux rivés sur la fourchette suivante : l’écart entre Macron et Le Pen au second tour de l’élection. Si les courbes des intentions de vote commencent à se rapprocher des 48 – 52, on entre alors dans la marge d’erreur avec une incertitude à son maximum, et dans ce cas, la bourse s’inquièterait un peu. On pourrait s’attendre à des dégagements, c’est-à-dire des ventes et des baisses de l’ordre de 4 ou 5 pourcents.

Les marchés s’inquièteraient un peu, donc, mais pas plus ? Mystère. Car ils estiment que Le Pen édition 2022 n’est pas tout à fait Le Pen 2017, la candidate ayant mis de l’eau dans son vin concernant l’euro. Ils notent aussi qu’elle fait la part belle aux petites et moyennes entreprises, les fameuses Small et Mid Cap (Cap comme « capitalisation »). Conclusion : sa présence au second tour ne fait pas tousser les marchés, et si son élection provoquerait un trou d’air, ce dernier serait comblé par la suite, à l’image des conséquences boursières à la suite de l’élection de Donald Trump.

Mais les interrogations de la Bourse ne se limitent pas à l’économie. Elles concernent aussi la véritable marge de manœuvre du candidat élu face aux troubles sociaux qui surviendraient. Ces craintes s’expriment tant pour Marine Le Pen que pour Éric Zemmour.

Le Zemmour boursier : Le candidat du clivage…entre l’économie et le reste

Concernant le candidat Zemmour tout particulièrement, la bourse craindrait les troubles sociaux pouvant résulter de l’élection du candidat de Reconquête. Or, par définition, la bourse n’aime pas les troubles. Mais sur la question économique, les marchés ne sont pas affolés plus que cela. Le candidat se montre favorable aux petites entreprises, il est pro-business, et entend alléger leurs charges.

Macron : Une élection, ah bon ?

Si la bourse pouvait parler, on entendrait sa surprise. Une présidentielle en France ce mois-ci, vraiment ? Le sentiment qui domine est l’indifférence générale. Buisines as usual. Pour les marchés, une réélection de Macron ne changera rien aux cours. A moins, bien-sûr, que son mandat soit parsemé de nouvelles crises comme celle des gilets jaunes ou du Covid.

 

 

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Chercheur et rédacteur spécialisé en finance de marché. Heureux Papa de deux enfants, Sébastien Allois contribue à diverses publications économiques, en français et en anglais. Ses thèmes de prédilection recoupent le Forex et les fonds indiciels.