Crise pétrolière : le pire peut-il être évité ?

L’année 2020 est bien partie pour être une année historique. La pandémie, qui se propage depuis quelques mois, a provoqué une crise sanitaire doublée d’une crise économique. Élément déclencheur, parmi d’autres, le choc pétrolier est l’objet de toutes les attentions. Afin de tenter de l’endiguer, un accord entre les pays producteurs a été trouvé. Suffira-t-il à enrayer la chute des cours?

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L'Opep+ s'accorde sur une baisse

Un choc de l’offre et de la demande

La crise pétrolière à laquelle nous assistons est le fruit aussi bien de la pandémie que d’une rivalité entre pays producteurs, notamment l’Arabie Saoudite et la Russie.

La baisse très importante de la demande en pétrole est évidemment une conséquence de la crise sanitaire. Une économie à l’arrêt, un trafic aérien quasiment inexistant, plus de 4 milliards de citoyens confinés à travers le monde n’utilisant plus que très rarement leur véhicule ;  autant de raisons qui expliquent cette chute.

Or, avant même cette situation extraordinaire, l’offre était déjà excédentaire. Les stocks de pétrole se retrouvent donc presque saturés. Et les prix chutent inexorablement. S’est ajoutée à cela, une guerre des prix et des parts de marché entre l’Arabie Saoudite et la Russie. Puis une opposition du Mexique à la réduction de sa production. Le gouvernement mexicain ne comprenant pas pourquoi il devait fournir un tel effort, après avoir lutté ces dernières années pour une relance de la production.

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Une situation qui a perduré jusqu’au dimanche 12 avril, où sous l’impulsion des États-Unis, premier producteur mondial, la fin de partie a été sifflée.

Un accord de la dernière chance

D’après de nombreux analystes, si aucun accord n’avait été trouvé, le prix du baril de pétrole serait tombé à 10 dollars. Une chute historique qu’il fallait à tout prix éviter. Aussi bien pour le secteur de l’énergie que pour les pays producteurs.

Le président des États-Unis Donald Trump s’était engagé à favoriser l’émergence d’un tel accord. Le choc pétrolier semblant parfois plus le préoccuper encore que la crise sanitaire. Ainsi, du jeudi 9 au dimanche 12 avril, celui-ci s’est entretenu à de multiples reprises avec son homologue russe et le roi Salmane d’Arabie Saoudite.

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Ce sont d’ailleurs pas moins d’une dizaine de pays, en plus de ceux de l’OPEP, qui se sont attelés à trouver une solution. Parmi eux, des producteurs de gaz de schiste, dont les États-Unis et le Canada, qui espèrent redonner de l’air à leur industrie. L’accord a finalement été trouvé au soulagement de tous.

Il porte donc sur une baisse de la production de pétrole de près de 10 millions de barils par jour à partir du 1er mai 2020. Une baisse qui devrait être suivie par une autre jusqu’en décembre – à 8 millions de barils par jour -, puis une seconde à 6 millions de barils par jour jusqu’en avril 2022. Le secrétaire générale de l’OPEP, Mohammed Barkindo, a salué « un ajustement historique », rappelant qu’il s’agissait de « la plus importante réduction en volume et la plus longue jamais mise en œuvre » par l’organisation et ses partenaires.

Le président Trump a lui, dans un de ses fameux tweets, assuré que l’accord « sauvera des milliers d’emplois dans le secteur de l’énergie aux États-Unis ». Une euphorie partagée par le président vénézuélien Nicolas Maduro, une des Némésis de Washington et rarement en accord avec le locataire de la Maison-Blanche.

Caracas a, en effet, affirmé que « les prix du pétrole vont se stabiliser et que la reprise du marché de l’or noir sera la base de la reprise économique du monde post-pandémie ». Si les pays producteurs semblent rassurés, c’est moins le cas du côté des analystes pour qui la réduction décidée n’est pas suffisante.

Est-ce suffisant pour contrer une crise pétrolière ?

La réaction du marché a été d’emblée positive. Les cours ont rebondi de 3% à l’ouverture des marchés asiatiques lundi 13 avril. Le baril WTI remontant à près de 24 dollars et le baril de Brent à près de 32.50 dollars. Mais l’embellie a été de courte durée. Les cours ont à nouveau chuté au cours de la semaine. Le baril de brut léger américain WTI passant même la barre symbolique des 20 dollars, jusqu’à un plus bas à 19.22 dollars.

Les analystes avaient, en effet, rappelé que les capacités de stockage étaient presque saturées et que la pression baissière risquait de se poursuivre une fois les effets de l’annonce de l’accord passés.

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Quant à une sortie de crise définitive du marché pétrolier, il faudra attendre pour cela un retour de la demande. Pour que cette dernière soit au niveau d’avant la pandémie, il faudrait que plusieurs pays mettent un terme au confinement et que l’épidémie soit sous contrôle jusqu’à la découverte d’un vaccin.

Beaucoup d’inconnues donc. D’autant qu’une fois la demande revenue, il faudra du temps pour écouler les stocks. L’impact de la baisse de la production ne se fera pas sentir sur ces derniers avant un bon moment, sachant qu’entre l’extraction et la vente des stocks de produits raffinés, six mois s’écoulent.

Si certains investisseurs tablent sur un baril de pétrole autour des 50 ou 60 dollars d’ici la fin de l’année, voire début 2021, les experts semblent moins enclins à l’optimisme.