Brexit : l’adaption obligée face à l’incertitude

Alors que la mise en effet du Brexit a été reportée au 31 octobre 2019, les marchés s’affolent, entreprises et investisseurs tentent d’ajuster leur stratégie d’adaptation de part et d’autre de La Manche. Les ondes du Brexit n’ont pas le même impact sur les secteurs industriels. Dans ce grand chamboulement, la tech britannique tire son épingle du jeu.

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Brexit : la France prend ses précautions

Quel visage prendra le Brexit ? « hard » ou « soft » ? Contrôles douaniers accrus ? Les reports successifs n’ont fait qu’augmenter l’irritation des milieux d’affaires. Les entreprises françaises ne cachent pas leur inquiétude et tentent de parer aux mauvaises surprises en préparant des plans de crise. L’incertitude a un coût, surtout pour les PME. Et l’incertitude conduit aussi à une baisse des investissements.

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Pour l’autorité des marchés financiers (AMF) pas l’ombre d’un doute : le Brexit s’annonce difficile. L’institution a même publié un rapport intitulé « Brexit ; quelles conséquences sur les activités de marché ? » en mars dernier, dans l’hypothèse d’un Brexit sans accord.

Selon Le Figaro, 30 000 entreprises françaises exportent au Royaume-Uni et plus de 3000 y sont installées. Après 30 ans de libre commerce, le changement s’annonce violent.

Pas question donc de s’en tenir au « wait and see ». Pour garantir une transition sereine et se préparer à tous les scénarios, l’AMF a voté trois nouvelles réglementations financières dont deux règlements pour assurer la transition des biens du Royaume-Uni pendant les douze premiers mois après la mise en application du Brexit pour n’importe quel pays de l’Union Européenne des 27 pays membres.

Pour pallier aux problèmes logistiques en tout genre, le gouvernement a mis en place également un site d’information Brexit en pratique.

L’objectif de ces mesures est de garantir des modalités normatives et simplifiées pour ne pas accroître l’inquiétude et protéger les intérêts des entreprises françaises.

Le private equity britannique peu touché

Côté britannique, les atermoiements du Brexit ont coûté 3 % à la croissance. Le gouverneur de la Banque d’Angleterre (BoE) a défendu le Royaume, en prévenant les investisseurs qu’ils sous-estiment la capacité de l’institution à remonter les taux”, comme le rapporte le quotidien Les Echos.

D’ailleurs, la BoE compte bien garder son taux bas à 0,75% en cas de sortie de l’Union le 31 octobre prochain.  « Il n’y a pas assez de hausses (de taux) au vu de la courbe actuelle pour être en phase avec notre mandat », a ajouté Mark Carney.

Pour de nombreux spécialistes, la crise du Brexit est d’ailleurs un bon signe pour les investisseurs, notamment dans le domaine du private equity et du venture capital.

Comme le rapporte Venture Capital and Private Equity Attractiveness index, le Royaume-Uni se place deuxième au rang mondial des private equity, juste après les Etats-Unis. Le capital-investissement britannique apparaît comme le plus attractif en Europe avec 2.9 milliards d’euros levés par la tech londonienne en six mois.

Le secteur anticipe l’après-Brexit. Une fois sortie de l’UE, l’Angleterre pourrait en effet trouver des opportunités intéressantes d’investissements sur ce front.

« Malgré le Brexit, Londres reste, de très loin, la première destination européenne pour les investissements en capital-risque dans les startups », rappelle La Tribune dans un article paru le 10/06/2019.

Les levées de fonds ont donc toujours le vent en poupe outre-Manche et le seul ralentissement de cadence lié au Brexit reste un léger fléchissement du dynamisme des investissements.

A part peut-être Panasonic et Sony, rares sont les entreprises internationales qui ont décidé de transférer leur siège européen de Londres vers le continent. Les géants du Net ne changent pas leur ligne de conduite et continuent de mener leurs projets dans la capitale britannique.

Des industries qui résistent outre-Manche

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Si les grandes enseignes de la mode et du luxe ou encore de supermarchés s’alarment d’un Brexit sans accord, certains secteurs semblent ne pas être impactés. C’est le cas notamment du secteur médical privé.

Le Royaume-Uni compte en effet de nombreuses cliniques et laboratoires en dehors du système de santé public. Avec une baisse des aides publiques et une potentielle disparition de la sécurité sociale NHS, le Brexit pourrait s’avérer une aubaine pour les investisseurs privés.

D’autres secteurs pourraient également en profiter comme l’aéronautique britannique – la deuxième au rang mondial -, les agences de recrutement, très répandues et populaires. Celles-ci auront besoin de chercher plus loin, alors que plus de la moitié des salariés du secteur de la finance sont des immigrés d’autres pays européens – dont la France, l’Allemagne et le Luxembourg.