Boeing englué dans la crise

La loi de Murphy n’a pas épargné le constructeur d’avions Boeing. Après deux crashs, sa flotte de 737 MAX est toujours clouée au sol. Les résultats médiocres du groupe inquiètent les investisseurs. Boeing pourra-t-il se relever de la plus grande crise de son histoire ?

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L'avion vedette de Boeing le 737 MAX ne pourra pas revoler avant 2020

Boeing plombé par le 737 MAX

Boeing traverse une crise sans précédent avec un avion destiné à l’aviation civile, incriminé dans deux catastrophes qui ont fait 346 victimes entre octobre 2018 et mars 2019.

Le 737 MAX n’est pas prêt de revoler. Immobilisé depuis mars 2019 par les autorités aéroportuaires du monde entier, l’aéronef est victime d’une énorme crise de confiance alors même que sa conception est sérieusement remise en question en raison de toutes sortes de failles de sécurité.

Il y a quelques semaines, Boeing admettait notamment une faille dans le logiciel de navigation des pilotes ; faille, qui, selon le New York Times, pourrait avoir été provoquée par l’embauche de sous-traitants payés à moins de neuf dollars par heure et surexploités au-delà d’horaires raisonnables.

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Selon l’analyse du cabinet de conseil Archery Strategy Consulting, le 737 Max pourrait rester au sol jusqu’au printemps 2020.

Les analystes évoquent même dans ce rapport une « crise à 10 milliards de dollars » pour le constructeur et mettent en place différents scénarios de sortie de crise possible.

Le 737 MAX est un sérieux frein aux ambitions du groupe qui, jusqu’à présent, n’a toujours pas présenté aux régulateurs américains et européens les modifications exigées pour obtenir une certification.

Un livret de commandes au point mort

Les chiffres de livraison révélés par Boeing le 9 juillet ne sont guère encourageants pour l’avenir. L’entreprise a enregistré une baisse de 37% de ses livraisons au cours du premier semestre 2019 par rapport à la même période en 2018.

Et, surtout, aucune nouvelle commande sur le deuxième trimestre n’a été passée pour le 737 MAX, hit commercial avec lequel le groupe réalisait un tiers de son chiffre d’affaires.

Boeing se retrouve dans une situation périlleuse, et continue à perdre des millions de dollars chaque jour.

Certaines compagnies aériennes annulent tout simplement leurs commandes, telle Flyadeal, une low cost saoudienne qui en avait commandé 30…

En proie à une crise inédite, le constructeur iconique de l’Amérique est même contraint de réviser ses prix. Le groupe IAG – British Airways, Iberia, Vueling, Ryanair, Aer Lingus et Level – aurait passé commande de 200 avions. Le contrat signé lors du salon du Bourget afficherait un montant total défiant toute concurrence, selon le Journal de l’Aviation. Michael O’Leary, Pdg de Ryanair, aurait mené les négociations.

Tout s’annonçait pourtant pour le mieux pour le groupe en septembre 2018 qui révélait que la Chine prévoyait d’acheter près de 7 690 avions d’ici à l’année prochaine. Quelques semaines plus tard, les négociations débouchaient sur une commande de plusieurs centaines d’avions.

Le premier crash d’octobre 2018 a empêché le contrat d’aboutir.

La crise profite à Airbus

Devant l’ampleur du marasme, les investisseurs étrangers se sont tournés vers le concurrent historique de Boeing, l’européen Airbus.

La crise traversée par Boeing profite à Airbus

Quelques semaines après le premier crash aérien, le président français Emmanuel Macron s’est affiché aux côtés du président chinois Xi-Jinping, en visite à Paris, qui a confirmé la commande de 300 avions d’Airbus.

Par ailleurs, le salon du Bourget début juillet a été une opportunité de plus pour le constructeur européen. En effet, Airbus a reçu une commande de 86 exemplaires de son nouveau modèle A321 XLR, dont le montant n’a pas été communiqué.

Censé rivaliser avec le modèle 737 MAX de Boeing, cet avion pourrait parcourir jusqu’à 8 700 kilomètres en neuf heures grâces à des réservoirs particulièrement grands.

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Dans la foulée de l’annulation de sa commande, Flyadeal confirmait aussitôt le 7 juillet une commande d’avions Airbus 1320 NEO !

“Boeing en faillite” en tête des recherches Google

Aux Etats-Unis, le bassin ouvrier s’inquiète. Boeing fera-t-il faillite ? A en croire les experts, autant de commandes annulées et de retard devraient coûter au moins un milliard de dollars de pertes pour la firme cette année.

Sur Google, l’occurrence “Boeing va-t-il faire faillite?” est devenue l’une des recherches les plus populaires ces derniers jours aux Etats-Unis.