Airbnb face aux métropoles européennes

Après de belles années d’expansion sans obstacle juridique ou réglementaire, la plateforme de locations touristiques américaine Airbnb doit affronter la riposte de plusieurs capitales européennes telles Berlin, Paris ou Barcelone qui veulent encadrer le secteur et répondre à la crise du logement.

374
La plateforme de locations Airbnb affronte la riposte des métropoles européennes

Airbnb, “platforma” non grata dans les capitales

L’époque où il était facile de louer son appartement ou de loger le temps d’une nuit à prix cassé grâce à Airbnb semble révolue. Entre plaintes des voisins, pétitions de quartier et lois votées, la plateforme de locations touristiques entre particuliers n’est plus logée à la bonne enseigne dans l’Union européenne.

La montée du prix des loyers, l’augmentation du nombre d’habitants dans les grandes agglomérations européennes, la désertion des hôtels et l’effondrement des chiffres d’affaire du secteur touristique ont forcé plusieurs capitales des pays d’Europe à prendre des mesures radicales.

Dans certaines villes, comme à Berlin en Allemagne par exemple, Airbnb a tout simplement été banni. Tout propriétaire listant son domicile s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 100 000 euros.

AL_FR_logos_970x250

En Espagne, Palma de Majorque s’apprête à interdire à son tour la plateforme, et Madrid veut faire aussi un grand nettoyage parmi les locations sans licence.

Au-delà des considérations financières, de nombreuses villes comme Paris ou Barcelone ont restreint le nombre de locations de peur de voir certains quartiers se transformer en zones touristiques stériles.

Mais les batailles juridiques menées contre Airbnb s’avèrent complexes en l’absence de coopération de la plateforme qui ne fournit aucune information sur les loueurs aux autorités municipales. Airbnb et consœurs ne restent pas non plus les bras croisés et plaident leur cause auprès de la Commission européenne à Bruxelles.

Berlin dit non à la “boboïsation”

Berlin a interdit la plateforme de locations Airbnb

Berlin, ville historique et bohème par excellence, a attiré de nombreux étudiants et jeunes actifs ces dix dernières années. Avec l’un des parcs immobiliers les plus attractifs de l’UE, Berlin affiche 4000 euros au mètre carré, soit 35% de moins que Paris.

Mais pour les Allemands, dont le salaire est également beaucoup plus bas – le SMIC outre-Rhin s’élève à 800 euros par mois – la crise du logement est un sujet qui fait polémique depuis une décennie.

Le 1er mai 2016, Berlin a interdit la location sur AirBnb, pressurisée par les riverains qui font face à des loyers à la hausse. Quelques années plus tard, les experts ont constaté que les logements loués sur la plateforme n’étaient pas la source du manque de logements dans la ville. Mais la mesure a eu un effet immédiat avec la remise en circulation de 7500 logements sur le marché locatif à long terme.

La crise semble loin d’être finie pour autant. En avril dernier, un grand rassemblement a eu lieu à Berlin pour dénoncer la “boboïsation” des quartiers populaires de la ville, qui ont fait basculer des milliers d’habitants dans la précarité.

L’année dernière, Berlin a connu la plus forte hausse des prix de l’immobilier dans le monde entier, 20 pour cent“, a expliqué  Thomas McGath, un des organisateurs de la manifestation à Berlin contre le “Mietewahnsinn“, “la folie des loyers” à la télévision nationale allemande DWTV.

Amsterdam et Barcelone trouvent la parade

Si les grandes villes comme Berlin et Paris peuvent se permettre de modifier les règles, certaines capitales européennes à la topographie restreintes ne semblent tout simplement pas adaptées à la location de courte durée.

C’est pour cette raison que la municipalité d’Amsterdam, par exemple, a limité la durée d’un séjour à 60 nuits. Mais, selon l’agence immobilière Colliers, près de 40% des propriétaires ne respectent pas cette loi.

Impossible d’en savoir plus du côté d’Airbnb. La plateforme a préféré ne pas publier de chiffres concernant les Pays-Bas. Le média indépendant AirDNA a observé une chute des locations de 8% et une baisse de séjour de 5% pour la dernière année.

A Barcelone, la culture de quartier a résisté, puisque les riverains ont fait signer de nombreuses pétitions et ont réussi à limiter le nombre de locations par kilomètre.

Près de 2 600 locations ont été supprimées depuis l’année dernière car elles n’avaient pas obtenu la licence de la municipalité. Barcelone a également donné une amende de 600 000 euros à Airbnb pour avoir publié les annonces.

La France et sa “taxe de séjour”

Paris est la ville la plus visitée au monde. C’est aussi celle qui compte le plus de location Airbnb, avec plus de 65 000 logements répertoriés.

Paris est la ville qui compte le plus de locations Airbnb

Depuis maintenant quatre ans, Airbnb reverse une “taxe de séjour” aux communes françaises qui abritent des locations disponibles sur la plateforme. Cette année, c’est près de 24 millions d’euros à plus de 23 000 communes françaises, dont 50 grandes villes. Une taxe qui a également pour objectif de reverser les bénéfices de l’entreprise enregistrée en Irlande pour des raisons fiscales.

En moins d’un an, le chiffre a presque doublé- la taxe totale versée s’élevait à 13,5 millions d’euros en 2017, alors qu’en 2015, seulement deux communes avaient instauré l’impôt: Paris et la station de ski Chamonix.

AL_FR_Gold_970x250_t01

La situation semble toutefois changer, puisque des groupes immobiliers utilisent désormais Airbnb comme une agence pour louer des appartements à court et moyen terme.

Une association de tourisme française avait d’ailleurs porté plainte l’année dernière pour dénoncer ces pratiques abusives. Fin avril, l’agence de presse Reuters rapportait que: “Airbnb devrait être considéré comme un fournisseur de services numériques et opérer pleinement dans l’Union européenne”. Un conseiller de la Cour de justice européenne aurait donné son verdict.

Airbnb pourrait bien entrer en Bourse cette année, ce qui pourrait également expliquer sa stratégie de l’écoute et de la communication avec les différents pays de l’Union.